19 août 2008

Une nuit à Lomme


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Quand la nuit sonne c'est à ce moment là qu'il faut la ceuillir

Je me ballade, nuit orange sur les quais de ma propre inconscience

Les chats m'accompagnent, camarades bienveillants de mes errances

Les rues pavées défilent sous mes pas, le goudron s'endort


Des voix ici et là me font savoir le lieu dans lequel j'erre ce soir

Il est tard et personne ne semble dormir en cette place

La perspective de la nuit n'est pour eux que la perstective de gagner un intérieur différent

Ils ne voient pas la pénombre comme je la vois, ils ne sentent pas la nuit les habiter


Ils la fuient cette nuit noire et rassurante, royaume des ombres et des morts

Où se découpent les silhouettes d'usines en ruines et de chantier endormis

Les géants de pierre rouge dorment depuis longtemps et seul la nuit leur rend honneur

Je le vois, j'en jouis en secret et je jouis d'être seul gardien de ses mystères


L'avenue Winston Churchill, l'avenue de Bretagne, je suis mort parmi les morts

Et pourtant je marche et je respire, leurs cadavres bienveillants m'accompagnent

Les vivants ne sont que des morts en devenir et leur compagnie me pèse en cette nuit

Où je voudrais être seul, seul et conscient de ma solitude


La-bas des péniches flottent doucement sur l'eau froide où s'agitent les poissons

Je marche sur le quai au milieu de l'eau comme une Ophélie matelot

Et soudain j'apercois un héron, l'oiseau cendré au cou interminable me voit

Et s'envole vers un rocher perdu au milieu de l'eau, nous nous contemplons


Nous sommes cette nuit tous les deux compagnons d'aventure et d'oubli

Candidats à l'anonymat, nous connaissons notre sort et nous ne le fuyons pas

C'est un duel à mort que j'engage avec lui, qui de nous deux sera le plus fort ?

Lui sans doute car au fond je suis homme parmi les hommes, vivants parmi les vivants


Je retournerait bientôt parmi eux et le jour poindra à l'horizon

Ô que je te hais astre solaire, disque lugubre et vivant, brûlant et les peaux et les hommes

La nuit seul est l'endroit où nos peaux peuvent luire de milles éclats

La Lune nous révèle bien plus qu'un rayon de soleil, elle seul à droit d'illuminer le noir


Soleil meurt, meurt, ce n'est pas le renouveau que je vois en toi mais la fin

La fin de la nuit si douce où jamais mon corps ne trouvera autant de repos

Ses quelques pas se termineront bien vite, ne hâte pas ta course soleil

Laisse moi jouir un peu, encore moi qui ne jouis pas à ta lumière


C'est dans la nuit que jouissent les véritables amants, trop heureux de se voiler au monde

Leur jouissance est secrète et leur appartient seul, la nuit les masque et les enivre

Plus que le mauvais vin que servent les troquets à des poivrots verolés qui fuient

Qui fuient dès que s'élève fière et  grisante la lumière vraie de la nuit


Mais voilà que mes pas me ramènent au terrier, plus fidèles que je ne le voudrais

Je pousse la porte, un peu triste de me voiler à toi camarade Lune

Mais voilà que je pénètre dans la moite torpeur de ma chambre et que je m'endors

Pourvu que je ne me réveille quand la nuit sonne, que je la cueille à ses premières lueurs

Posté par greenhand59 à 14:07 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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