07 août 2008

Verset pour un immortel (lecture de plage)

Seules les orties me procuraient encore quelques sensations physiques et je pressentais que très bientôt ce ne serait plus le cas. La perspective de devoir me plonger à nouveau dans ces buissons d'épines ne me réjouit pas mais si il le faut je ne pourrais que m'y contraindre. Il faut que je sente, que je ressente, à tout prix. Je remontais doucement le chemin qui menait à ma tour d'observation. Semé de cailloux tranchants comme le rasoir et escarpé de chaque côté, des couperets en guise de branches d'arbres qui le bordaient et des crevasses profondes et coupantes tout au long. Cela n'était pas pour me déplaire. La porte en bois craque et laisse choir quelques uns de ses restes pourrissants. Je monte les marches en pierre usées, érrodées par le temps. Le temps. Mon allié et mon ennemi le plus violent. Mais ce soir je serais enfin vainqueur. J'avais enfin trouvé au plus profond de mon âme le courage, la hardiesse nécessaire pour le vaincre. J'avais enfin rencontré celui que je craignais tant mais qui seul pouvait me permettre de gagner ce combat titanesque que j'avais engagé depuis si longtemps. Depuis combien de temps ? Je n'en avais plus la notion depuis des lustres. Mais ce soir, ce soir, oh oui ce soir tout sera terminé. Je jouissais intérieurement, ma peau frémissait à la simple idée de la victoire. Et ce frémissement, ce simple frisson m'indiqua que j'étais sur la bonne voie. Cette sensation, cette foutue putain de sensation ! Comment attendre encore jusqu'à ce soir ? Pourtant il me faut être patient, mettre les choses en ordre, prendre le temps, une dernière fois de tout organiser. La victoire le demandait, je ne pouvais résolument pas en finir dans la crasse et le désordre le plus complet.

(...)

Me voilà en haut de cette tour qui fut mon abri pendant une si longue période, contemplant le ciel qui refusait de s'éteindre depuis trop longtemps. Eh bien non ! Non cette fois tu t'éteindras une bonne fois pour toute. Trop d'outrages passés ne peuvent demeurer impuni. Derrière moi dans la tour, le livre de mes mémoires, de mes haines, de mes amours, de mes joies les plus vives comme de mes douleurs les plus lancinantes. Le récit du vide le plus abyssal que l'Homme ne pourra jamais contempler. Ce vide que je laissais derrière moi, me narguait maintenant à mes pieds, quelques dizaines de mètres plus bas. Il était temps maintenant, aucune peur, aucun sentiment, je ne les connaissais plus. Le vent dans mes cheveux n'était plus rien, plus une caresse comme le furent les mains de Laura ou un souffle diabolique comme j'en connut en Syrie. Me voilà ! Me voilà j'arrive insignifiante aiguille, ce soir je t'arrêterais, ce soir je sauverais mon monde. Il est temps.
Les jambes croisées, les bras en croix dans la posture la plus infâme qui soit je donne une légère mais puissante poussée de la pointe de mes pieds. Et je m'envole ! Oh quelle jouissance, oh quelle divine caresse que celle de l'air battant mon corps nu, quel réconfort ce sol qui se rapproche de plus en plus. Je ne vois pas ma vie défiler, je ne vois que ce sol qui s'approche tendrement, qui m'appelle, qui sussure doucement mon nom. J'arrive, j'arrive et la victoire entière et pleine avec moi.

LE CHOC !

La douleur la plus immense, la plus débordante que j'eus jamais à subir m'envahit alors, je sentit chacun de mes os se briser, chacun de mes muscles se tordre et se rompre, chaque partie de ma peau se déchirer contre les rasoirs du chemin que j'avais parcouru tant de fois. Mon corps se transformait en une éspèce d'étron difforme qui n'avait que pour but  de rouler et finir le plus bas possible. La douleur ! Quelle jouissance, quelle jouissance !
Je m'arrête et termine ma course macabre contre un jeune sapin. Les yeux vers le ciel.
Il s'en va, je le sens, je le sais. J'ai gagné, je t'ai battu ! Mes yeux sont lourds, ils se ferment doucement, chassant le sang de mes yeux. Et je m'envole.

Posté par greenhand59 à 19:44 - Commentaires [0] - Permalien [#]


Commentaires sur Verset pour un immortel (lecture de plage)

Nouveau commentaire